Et si demain les entreprises ne pouvaient contenir l’inflation salariale ?

Sans la Mutualisation partielle des revenus d’activité, le pire qui pouvait arriver à un individu était de ne pas trouver de travail et de se retrouver en situation d’exclusion. Avec la Mutualisation, le pire sera d’être employé au salaire minimum, cas qui sera exceptionnellement rare alors qu’il est le lot commun de beaucoup aujourd’hui. Sans la menace du chômage et de l’exclusion, les salariés seront évidemment en position de force dans la négociation salariale.

La politique monétaire de la banque centrale aura une incidence dans une telle configuration. Si elle se montre accommodante, ceci signifie qu’elle va accepter l’inflation avec des taux d’intérêt relativement bas. Les sociétés de capitaux accepteront alors les revendications salariales en sachant qu’elles pourront augmenter leurs prix pour restaurer leurs marges. Mais cette politique risque fort de s’emballer car les salariés exigeront en retour des réévaluations salariales pour conserver leur pouvoir d’achat. On peut d’ailleurs s’interroger pour savoir si une telle politique monétaire est possible avec des taux d’intérêt qui sont déjà actuellement proches de zéro : ceci supposerait que les comptes bancaires soient rémunérés à taux négatifs et que la monnaie fiduciaire – pièces et billets – disparaisse.

Le scénario le plus probable aujourd’hui est donc celui d’une banque centrale qui resterait ferme sur la question de l’inflation. Dans un tel cas, les sociétés ne pourront pas accéder aux exigences salariales sans se mettre elles-mêmes en danger. Les travailleurs seront face à un choix essentiel : modérer d’office leurs prétentions salariales pour laisser un potentiel de profit aux sociétés sans lequel celles-ci n’embaucheront pas ou sortir du salariat en évinçant les actionnaires par la pratique du travail associé : les travailleurs ne sont plus salariés mais dirigent l’entreprise en sachant qu’ils se partageront entre eux les 46 % de Flux de trésorerie d’activité (FTA) qui restent à leur disposition. Ils sortent donc du rapport salarial, un peu comme des indépendants, en s’associant entre eux comme cela se fait déjà dans le cadre des Scop.