Mais il s’agit ici d’une approche très libérale du plein emploi basée sur le coût du travail !

Le niveau du Salaire minimum est souvent l’objet d’attaques de la part du patronat comme quoi celui-ci serait fauteur de chômage comme le seraient les cotisations sociales qui sont appelées « charges » et « alourdissent » le coût du travail. La réponse à ces accusations se situent trop souvent sur le terrain de la défensive, tel un petit garçon qui serait pris en défaut et se défausserait sur le terrain du « ce n’est pas moins, M’sieur ! ».

On trouve à l’appui de ces dénégations des études économiques très sérieuses qui tendent à démontrer que les législations sur le salaire minimum n’ont aucun effet sur l’emploi et que s’il devait y en avoir un, celui-ci serait alors plutôt positif sur l’emploi[1]On peut par exemple citer l’étude de David Card et Alan Krueger de 1994 (« Minimum Wages and Employment: A Case Study of the Fast-Food Industry in New Jersey and Pennsylvania », The … Continue reading. Il est une réalité incontournable : même en l’absence de législation sur le salaire minimum, personne n’a envie de travailler gratuitement ou presque. Un faible niveau de salaire minimum n’est donc pas de nature à entraver l’emploi car personne n’a envie de travailler pour des clopinettes. En imposant une législation sur le salaire minimum, il oblige les sociétés de capitaux à proposer des emplois respectant ce salaire minimum, qui trouvent donc plus facilement preneurs, en leur faisant prendre des risques certes plus importants. On peut donc confirmer que lorsque les législations sur le salaire minimum restent modérées et en rapport avec les attentes minimums des individus, elles n’ont alors aucun impact sur l’emploi et peuvent même en avoir un positif.

Ceci n’est pas le cas de la France où, sur ces trente dernières années, les cotisations sociales sur les salaires proches du Smic ont été totalement rognées au point où, aujourd’hui, une entreprise qui embauche au salaire minimum ne paye quasiment plus de cotisations patronales. Pour un salaire net de 1231 euros, l’entreprise paye 1554 euros. Si nous devions rétablir les cotisations patronales sur ce salaire, cela reviendrait alors à une augmentation de 50 % du salaire minimum, ce qui le porterait à 2332 euros. On peut discuter à l’infini de l’effet sur l’emploi de ces exonérations de cotisations sociales. Il n’en reste pas moins vrai que si ces cotisations sociales devaient être rétablies sans mise en place de la Mutualisation partielle des revenus d’activité, l’effet sur l’emploi serait désastreux car toute une série d’activités ne sont pas capables de générer 2332 euros de Flux de trésorerie d’activité (FTA) mensuels. C’est d’ailleurs sans doute ce qui explique qu’aucun programme de partis de gauche (normalement enclins à défendre les cotisations sociales) ne prévoit le retour des cotisations patronales sur les salaires proches du Smic. Il s’agit d’un aveu implicite que le niveau du salaire minimum a un effet négatif sur l’emploi dès qu’il se situe à un niveau significatif.

Ce n’est donc pas en prenant le contrepied systématique des thèses économiques du patronat que l’on sera efficace pour défendre le salaire minimum et les cotisations sociales : cela correspond à une position défensive qui ne mène qu’à l’échec. Il est donc préférable d’y opposer des propositions et c’est ce que fait la Mutualisation. En sanctuarisant de quoi payer un smic à chaque personne en équivalent temps plein par un prélèvement de 54 % des FTA, on rend le Smic et ses cotisations sociales inattaquables vis-à-vis de l’emploi : une société qui embauche au Smic voit celui-ci intégralement couvert et les 46 % du travail du salarié seront disputés entre la société et l’individu au travers d’une négociation salariale qui prendra le Smic comme un acquis.

1 On peut par exemple citer l’étude de David Card et Alan Krueger de 1994 (« Minimum Wages and Employment: A Case Study of the Fast-Food Industry in New Jersey and Pennsylvania », The American Economic Review, Septembre 1994) qui porte sur l’évolution différenciée du salaire minimum dans les différents États. En 1992, le salaire minimum passe ainsi de 4,25 à 5,05 dollars dans l’État du New Jersey, alors qu’il reste inchangé dans l’État voisin de Pennsylvanie. Leurs principaux résultats sont les suivants : 1) l’emploi dans les restaurants concernés par la hausse a augmenté plus rapidement, y compris par rapport à ceux qui versaient déjà un salaire plus élevé que le nouveau salaire minimum ; 2) l’augmentation du salaire minimum n’a pas été compensée par une réduction des avantages sociaux ; 3) les coûts supplémentaires ont été transférés aux consommateurs via une augmentation des prix.