Mais la proposition d’« État employeur en dernier ressort » permet aussi de sortir du chômage et de la précarité ?

La proposition d’« État employeur en dernier ressort » a été exposée pour la première fois par Hyman Minsky, un économiste post-keynésien : l’État doit s’engager à embaucher au salaire minimum toute personne qui le souhaite. Les collectivités locales auront pour charge de trouver des tâches d’intérêt général que ces personnes exécuteront en contrepartie de ce salaire. Il argumente que la différence entre les minima de subsistance et le salaire minimum n’est pas si important que cela, d’autant que la société va bénéficier de ces tâches d’intérêt général. D’une certaine façon, les expérimentations actuelles des Territoires zéro chômeur peuvent être considérées comme s’inscrivant dans cette logique.

S’il est clair que cette proposition est de nature à résoudre la question du chômage et de la précarité, ce qui constitue indéniablement un progrès, on doit néanmoins se poser deux séries de questions qui sont intimement liées.

Pourquoi l’État devrait-il salarier les personnes dont les entreprises ne veulent pas ? Ne serait-il pas plus logique d’imposer que l’ensemble des entreprises embauche la totalité des personnes qui souhaitent occuper un poste de travail ? C’est exactement ce que permet le SMS.

Pourquoi les personnes, dont les entreprises ne veulent pas, devraient-elles se contenter d’un Smic ? Ne risque-t-on pas de diviser le salariat en deux catégories : celle de celles et ceux qui doivent se contenter des tâches dites d’intérêt général en contrepartie d’un salaire minimum et celle de celles et ceux qui ont été jugés « employables » par les entreprises ? Le SMS casse définitivement cette dichotomie en faisant en sorte que les emplois soient nombreux dans tous les secteurs d’activité, ce qui déplacera la rareté des emplois vers les individus et obligera les entreprises à s’intéresser à chacune et chacun d’entre nous.

Le SMS a une logique universaliste que l’« État employeur en dernier ressort » n’a pas car ce dernier fabrique de facto deux catégories de travailleurs.