Mettre fin à l’approche productiviste de l’emploi

La croissance de l’économie est au centre d’un discours officiel sur le traitement du chômage qui a tout l’air d’être une lapalissade : « la production actuelle étant réalisée avec un nombre donné d’individus, il faut donc augmenter la production de façon pour faire une place aux nouveaux venus dans le monde de l’emploi[1]Il est curieux que la promotion de la transition écologique de l’économie s’inscrive dans cette logique : celle-ci serait source de créations d’emplois dans un monde où ceux-ci … Continue reading et les rémunérer. »

Outre le fait que la croissance n’a jamais pu résoudre le chômage en l’espace de quatre décennies, nous questionnons aujourd’hui une croissance qui n’a de cesse de détruire notre environnement et de menacer la vie sur terre.

Face à cette objection, la réduction du temps de travail (RTT) semble a priori la bonne réponse : à volume de production constant, il suffirait de réduire le temps de travail des personnes en emploi pour faire de la place à celles qui en sont privées depuis longtemps. Il s’agirait donc, en quelque sorte, de « partager » le temps de travail[2] Dans le passé, les gains de productivité ont permis, d’une part, une augmentation du niveau de vie, et d’autre part, une réduction généralisée du temps de travail moyen. Pour … Continue reading.

La plupart des propositions politiques de réduction du temps de travail sont conçues avec maintien du salaire mensuel car il est difficile pour les salariés d’accepter une baisse de revenus. Ceci se traduit par une hausse du salaire horaire. À masse salariale inchangée, pour chaque entreprise, le volume de travail et la production baissent, ce qui signifie des profits en moins. Est-ce que, dans ces conditions, pour retrouver le volume de production antérieur, les sociétés de capitaux vont embaucher ? Rien n’est moins sûr.

Le SMS se situe dans une toute autre approche : il garantit à toutes les entreprises la possibilité d’embaucher sur des emplois payés au moins au salaire minimum sans exiger qu’ils créent une valeur ajoutée égale à ce salaire minimum. Même si rien ne garantit que les postes de travail ainsi créés auront une production supérieure ou égale à celle du salaire minimum, il n’en reste pas moins certain qu’ils vont tout de même produire une valeur ajoutée supplémentaire. Si, pour des raisons écologiques, nous ne le souhaitons pas, il est alors possible de pratiquer une réduction du temps de travail conjointement avec le SMS, de façon à rester à production constante.

Le SMS prend en compte la notion de durée légale du temps de travail dans la mesure où il garantit le salaire minimum pour un emploi en équivalent temps plein sans prendre en compte les heures supplémentaires de façon à ne pas inciter les entreprises à y recourir. Du point de vue des personnes, le ressenti à l’égard de l’emploi est variable. Pour certains, l’emploi est épanouissant et réaliser des heures supplémentaires, même non subventionnées au niveau du salaire minimum, n’est pas un problème. Pour d’autres, l’emploi est un passage obligé pour pouvoir vivre correctement. Pour ces derniers, la notion de durée légale du temps de travail est importante et la baisse du temps de travail s’inscrit bien dans la logique d’une baisse progressive du temps de travail contraint : si on réduit le temps de travail, il n’y a aucune raison que le salaire minimum baisse en conséquence.

Si nous ne souhaitons pas que la mise en place du SMS se traduise par une hausse de la production globale de l’économie, il sera donc nécessaire de conjuguer celle-ci à une baisse de la durée légale du temps de travail, qui sera effective pour celles et ceux qui jugent leur travail contraint et permettra ainsi de répartir les postes de travail peu enviés.

1 Il est curieux que la promotion de la transition écologique de l’économie s’inscrive dans cette logique : celle-ci serait source de créations d’emplois dans un monde où ceux-ci seraient rares, ce qui constituerait une bonne nouvelle (http://emplois-climat.fr/2019/04/18/plateforme-emplois-climat-updated-their-cover-photo/). Ces emplois portent sur des investissements pour accroître l’efficacité énergétique (mieux isoler les bâtiments par exemple) ou développer les énergies renouvelables. En soi, ces investissements ne nous apportent pas de bien-être supplémentaire : ils ne visent qu’à maintenir un confort existant en polluant moins. Il est donc dommage d’avoir besoin de travailler pour cela. Que la transition écologique soit l’occasion de travailler devrait donc, dans un monde normal, c’est-à-dire où l’emploi n’est pas rare, être une mauvaise nouvelle. Dans ce monde absurde, c’est présenté comme une bonne nouvelle, tout simplement parce que l’emploi est rare.
2 Dans le passé, les gains de productivité ont permis, d’une part, une augmentation du niveau de vie, et d’autre part, une réduction généralisée du temps de travail moyen. Pour mémoire, les deux récentes RTT (39 heures puis 35 heures) ont été compensées par une augmentation de la productivité accompagnée d’un gel des salaires.